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CHAMPNIERS - Habitat troglodyte du Puy de la Roche



CHAMPNIERS - Habitat Troglodytique du Puy de la Roche

PREAMBULE

Décrit en 1968, dans un Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente par M. Edgard Serbuisson, nous souhaitions nous assurer de l'existence de ce monument un demi siècle plus tard et voir si le temps et les hommes l'avaient préserver. Nous avons donc recherché sans succès, dans les textes et documents, des traces de celui-ci. Le village du Puy de la Roche n'existe plus de nos jours, comme l'avait signalé notre prédécesseur. De nos jours, le hameau de Puy Robert correspond à peu près à son emplacement. C'est ici que nous avons retrouvé cet ancien habitat troglodytique.

Le Site du Puy de la Roche/Puy Robert

Le site conserve dans ses emprises plusieurs grottes, utilisées de nos jours comme abri de jardin. L'abri qui nous intéresse, est incorporé dans le corps d'un plateau calcaire qui fut exploité pour sa roche dure. Tout le long de la barrière rocheuse se remarquent des traces de l'ancienne exploitation de la pierre à ciel ouvert, par les carriers. Il est probable que l'activité de cette carrière fut saisonnière et que les matériaux qui en furent retirés, servirent à la construction de l'église de Champniers, des logis environnants et à la constitution des chemins et à leur entretien. Il est donc vraisemblable de penser que les artisans qui creusèrent cet habitat, furent ceux qui travaillaient à proximité de la carrière et cela dès le Moyen-Âge. Ils creusèrent et taillèrent la pierre pour créer cet abri de fortune et y résider du printemps à l'automne. Après l'arrêt du chantier et son abandon par les carriers, il semble que cette cellule devint la résidence de gens de passage, Compagnons passants, pèlerins, chemineaux et mendiants. Il n'est pas impossible qu'elle se transforma également en hôpital de fortune pour les contagieux, lorsque la chapelle de Viville ne pouvait plus contenir de malades. Un détail a attiré notre attention, car il semble confirmé notre hypothèse sur l'utilisation du lieu comme hospice de soins ou maladrerie. Le site aurait ainsi été placé sous la protection de Dieu. A l'extérieur, à gauche de l'entrée, il nous semble qu'une croix chrétienne a été grossièrement dessinée et taillée dans l'épaisseur de la roche calcaire. Situé en retrait du bourg, elle offrait à la population des garanties contre les risques de contagion. Quels que soient les résidents qui remplacèrent les carriers de cet habitat, il semble que la population locale resta éloignée du lieu et qu'elle ne chercha jamais apporté son aide à ces miséreux.

L'Habitat du Puy de la Roche/Puy Robert

Creusé dans une roche dure, dans un retour d'équerre de la barrière rocheuse, il est orienté au sud et c'est également de ce côté que se positionne l'entrée de l'espace habitable. En façade, c'est un abri qui s'étire sur une dizaine de mètres. Un pilier central sépare une entrée double. Le passage de gauche est taillé selon la silhouette d'un homme car on devine l'emplacement d'une loge céphalique pour ne pas se cogner à pénétrant à l'intérieur de la salle domestique. Celui de droite, plus grossièrement percé est également le plus petit. On descend dans cet espace par un escalier sommairement élaboré dont l'une des marches est un vestige de sarcophage. Une large baie, élaborée dans l'épaisseur de la falaise, est ouverte à l'ouest et éclaire la pièce. Cette ouverture pratiquement de forme carrée, mesure, 170m de côté. La salle est une pièce rectangulaire d'environ 6m de longueur sur près de 4m de large. On se déplace aisément à l'intérieur car le plafond s'élève à près de 3,50m de hauteur. Dans l'angle nord-est nous soupçonnons les carriers d'avoir envisagé une extension de l'espace habitable car une tentative de percement nous parait se deviner. Etait-il envisagé la création d'un placard ou celle d'une porte pour desservir une seconde chambre, nous l'ignorons. A l'intérieur comme à l'extérieur du monument, se voient les traces des outils qui ont été utilisés pour construire cet habitat. Les parois sont recouvertes à plusieurs endroits par le lierre et des champignons microscopiques. Elles sont parfaitement verticales et s'arrondissent vers le plafond. Le pilier central de l'entrée porte des traces de tailles pour recevoir des panneaux de portes. Plusieurs virgules sont creusées à gauche et à droite, ainsi que des trous pour des bois de calage.

Le Hameau du Puy de la Roche/Puy Robert et ses habitants

Selon l'étude de M. Edgard Serbuisson, il apparait vers le XVIIIe siècle quelques maisons de bois qui surgissent de terre. Un groupe de quatre habitation occupé par des familles nécessiteuse s'établit près de la carrière. Ce hameau sera appelé le 'Village des Mendiants du Puy de la Roche". La dernière baraque qui sera installée sur le site le sera vers 1750 et il semble qu'elle servait de refuge aux passants et aux mendiants qui ne savaient où se réfugier temporairement. Au cours de cette seconde moitié du XVIIIe siècle, il semble qu'ils étaient nombreux à y séjourner. Trois familles vivaient au hameau. Toutes furent désignées sous le terme "Mendiants et Mendiantes". Ces personnes nécessiteuses, de conditions plus que modeste se nommaient : Laquintinie, Morinaud et Ratinaud. Les derniers propriétaires de ces baraquements en 1828 se nommaient M. Jean Rolland, du village des Marquis et Mme Veuve Gauvry, du village de Puy de la Roche.

Conclusion

Nos multiples recherches sur l'exploitation des carrières charentaises nous a permis de rencontrer d'autres sites archéologiques comme celui-ci mais aucun autre n'avait connu une occupation humaine aussi prolongée dans le temps. Généralement après le séjour des carriers sur ces lieux d'extraction de la pierre, le site s'endormait définitivement ou encore devenait une champignonnière. Il faut reconnaitre que la présence de la chapelle des lépreux de Viville joua de part sa proximité un rôle majeur dans les soins aux miséreux, aux lépreux et aux pèlerins de passage. Il est probable que lors des grandes épidémies elle dût évacuer le trop plein de malades vers un lieu proche et sécurisé pour éviter les risques de contagions. Il se trouvent que le hameau du Puy de la Roche remplissait les conditions adéquat pour la création d'une second lieu de soins aux malades. Par la suite, la misère qui gangréna la France, favorisa l'installation des déshérités dans ces habitats de fortune. Quelles que soient les époques, chacune d'entre elle a son lot de misère et aujourd'hui encore, la faim et la pauvreté sont comme une épidémie qui ne cesse de s'étendre à la surface du globe.

Etude du Site Archéologique et Texte de l'Article : Daniel BERNARDIN

Intervenants sur le site : Daniel Bernardin - Bernard Fabre

Références (bibliographie, archives, photos, photos IGN…)

GRAHT - Daniel Bernardin - Bernard Fabre - Recherches Archéologiques - Année 1995 à 2011

Edgard Serbuisson - Le Village des Mendiants du Puy de la Roche _ Bulletin de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1968

Photos - Daniel BERNARDIN

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