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ANGOULÊME - L'ISLE D'ESPAGNAC Le Cimetière des Lépreux de Saint-Roch

ANGOULEME – L’ISLE D’ESPAGNAC

 

Le Cimetière des Lépreux De Saint-Roch

 

La fouille de sauvetage du Cimetière des Lépreux de Saint-Roch est intervenue en 2004. Cette opération nécessité par l'urgence, s'est déroulée avec le soutien de quelques riverains et celui de la société immobilière Centre Ouest Habitat, qui nous a autorisé à pratiqué l'étude archéologique du site, pendant la construction des pavillons de la cité.

En 1994, nous avions recensé 21 tombes et la trace de plusieurs autres était visible dans le sol. Lors de notre intervention, il n'en subsitait plus que 16. Ce sont ces modestes vestiges qui ont fait l'objet de nos recherches.

L'équipe du GRAHT se composait de membres qui sont intervenus sur le terrain et de plusieurs bénévoles qui ont apporté leur contribution pour l'écriture du rapport de fouille.

Les membres du GRAHT:

Daniel Bernardin: Président du GRAHT, Archéologue Amateur Bénévole, Titulaire de l'autorisation de fouille, Direction du chantier, dessins, DAO, photos.

Emmanuelle Faure-Gignoux: Archéologue Amateur Bénévole, Vice-présidente du GRAHT, encadrement, dessins. étude historique,

Alain Texier: Ingénieur Géologue, Archéologue Amateur Bénévole, Géologie du site,

Emmanuel Caze: DEA d'Histoire, Relevé de nivellement, Recherches historiques

Cindy Bretonnet: Bénévole GRAHT, Relevé de nivellement, Dessin,

Christine et François Rousseau: Bénévoles GRAHT, Gestion Site Internet,

Nathalie et Delphine Jousseaume: Bénévoles GRAHT, Saisie informatique du rapport et mise en page.

Soutien Technique COMAGA

Jean Ben Aomar: Relevé de nivellement, Documentation,

Eric Soulan: Relevé de nivellement,

Bruno Laidet: Relevé de nivellement, Documentation.

Alain Mincet: Bénévole GRAHT, Relevé de nivellement,




ANGOULEME – L’ISLE D’ESPAGNAC

 

Le Cimetière des Lépreux De Saint-Roch

 

 

Situation


 Le cimetière des Lépreux de Saint-Roch domine le site du Logis de Lunesse baigné par les eaux du Lunesse et de la Font Chauvin dite « Fontaine des Lépreux ».

 Ce plateau rocailleux s’étire sur environ 250 m de long. Les falaises orientées au Nord forment une barrière naturelle et supportent le quartier Saint-Roch. La route médiévale empruntée par les pèlerins de Compostelle traversait ce vieux bourg de la ville d’Angoulême. Ce chemin reliait Saint-Martial de Limoges à Saint-Martial d’Angoulême.

 Les tombes du cimetière sont creusées dans le sol calcaire, au Nord de ce plateau.

 

Histoire, Abandon et destruction du site


 Connu depuis des siècles, le cimetière des Lépreux de Saint-Roch a traversé le temps dans un anonymat presque parfait. Frappé d’anathème, le site, tout comme tous ses occupants, fut évité comme la peste, pourrait-on dire judicieusement.

 Après les tragiques fléaux que furent la lèpre, la misère et les grandes épidémies de peste durant le moyen âge, les falaises de Saint-Roch se recouvrèrent d’une chape de silence.

 Les XVIe et XVIIe siècles furent parmi les plus terribles de l’histoire charentaise.

 Enfin vers la fin du XVIIe siècle il semble que le danger de la peste fut écarté. La maladrerie des Mérigots à L’Isle d’Espagnac devenant obsolète, les Chevaliers des Ordres du Roy, de Notre Dame du Mont Carmel et Saint-Lazarre de Jérusalem, font don au Couvent des Capucins, fondé en 1511. à l’emplacement de la caserne de gendarmerie d’Angoulême, près de la Poste du Champ de Mars, des pierres et autres matériaux provenant des ruines de la Chapelle « La Maladrerie » des Mérigots. Les bâtiments de la Maladrerie renfermait les logements abritant les moines, des salles contenant les lits des malades et une chapelle où les lépreux et les pestiférés recevaient les derniers sacrements avant d’être probablement enseveli dans un cimetière tout proche ou à celui de Saint-Roch.

 Selon la tradition orale un autre cimetière aurait existé dans les prairies s’étendant entre le Logis de Lunesse et le Centre Leclerc.

 Le cimetière des Lépreux de Saint-Roch est aujourd’hui enclavé dans une cité comptant plusieurs pavillons. En 1994 il comptait 21 tombes. Les traces de plusieurs autres se voyaient. Aujourd’hui nous n’en avons recensé que 16. Cinq qui étaient visibles ont disparu du paysage.

 Les habitats des lépreux sont encore perceptibles le long de la falaise rocheuse surplombant la vallée du Lunesse malgré l’exploitation de la falaise en carrières. Les grottes et les abris ont conservé dans la roche les marques des aménagements anciens probablement laissés par cette population d’indésirables. Sans l’aide des moines de la léproserie des Mérigots, appelée également Maladrerie Saint-Lazarre du nom de l’ordre hospitalier et militaire créé par les croisés en Palestine après la deuxième croisade ces malheureux seraient morts sans le moindre sentiment d’humanité.

 Une parcelle de terrain reste le témoignage de ce qui fut leur dernière demeure.

 

 L’Installation des lépreux et des pestiférés à Saint-Roch

 

 Il semble que les lépreux occupèrent les lieux au début du XIIe siècle. C’est l’évêque d’Angoulême Gérard II, légat du pape en Aquitaine qui favorisa leur installation. Selon Corlieu, Gérard II posa les fondements de la Léproserie en un lieu inculte et boisé au lieu dit « Les Brandes » vers 1101. L’endroit étant fort marécageux les lépreux n’eurent d’autres ressources que de trouver refuge sur les hauteurs au pied des falaises du plateau de Saint-Roch. Cette population constituée d’anciens pèlerins et croisés de Terre Sainte peuplera les grottes et aménagera les abris sous roche pour y vivre.

 Les grandes épidémies de peste des XVIe et XVIIe siècles grossiront cette population. Déjà en 1476 René 1er Le Bon, roi de Jérusalem, duc d’Anjou et Comte de Provence fera transformer les léproseries pour y accueillir et soigner les pestiférés sur son territoire.

 On peut penser que c’est au début du XVIe siècle que cette idée se propagea au royaume de France.Le 1er Avril 1502 on jette hors de la ville d’Angoulême les contagieux. Les portes de la cité sont barricadées. Ils recevront un morceau de pain, du vin et un peu de viande. Mais les mesures de prévention s’alourdissent. On jette hors les murs, les veuves, les enfants et le mobilier leur appartenant afin d’endiguer la contagion.

 En Juin 1502, la situation n’a guère évoluée. Les malheureux vivants trop près de la ville sont envoyés près des chaumes de Lyon et sur L’Isle D’Espagnac près de Chaumontet et Lunesse. Là ils logent dans les grottes et sous les appentis qu’ils ont fabriqués sous le rocher le long de la falaise. On en achemine également vers la Garenne de Grage et on expulse ceux installés près de la porte de la chaude. Un nombre considérable trouva refuge sur les pentes du plateau de Saint-Roch au-dessus de la vallée de la Grand Font.

 La maladrerie des Mérigots et l’hôpital de Baconneau devenant insuffisant on construit en 1532 à l’Houmeau un nouvel hôpital Saint-Roch à proximité de l’église Saint-Jacques. Vers 1540, la lèpre fait à nouveau parler d’elle. Considéré comme un mal terrible depuis le moyen âge elle sème l’effroi dans la population. Des bourgeois d’Angoulême voulant racheter leurs péchés, s’apitoient sur le sort des pauvres lépreux et leur octroient quelques dons avant de mourir. Un marchand d’Angoulême lègue par testament aux lépreux, le 13 Novembre 1541, vingt sols tournois et deux linceuls. Un couple donne au décès 10 sols. Une femme donnera en 1575 deux sous.

 Les médecins sont insuffisants, et lorsque la peste réapparaît en juin 1586. Elle fait de nombreuses victimes. La maladie atteint son paroxysme en Novembre. Les habitants proches des hôpitaux où sont soignés pestiférés et lépreux se révoltent. On est obligé d’évacuer l’hôpital Saint-Roch de l’Houmeau et on doit protéger les contagieux contre la folie qui s’empare des hommes. Un décret annonce également que tout contagieux qui tentera de rentrer chez lui ou en ville recevra un coup d’arquebusade. Néanmoins on continue à nourrir cette population qui réside hors les murs. Comme on le fera plus tard pour les juifs on applique aux pauvres une marque de reconnaissance.

 « Et pour discerner les pauvres ordinaires, et dont ou de la nourriture desquels lesdits habitants de la ville sont chargés, d’avec les autres, sera cousu et appliqué sur l’épaule gauche de chacun pauvre une croix de la couleur de chacune paroisse, et leur sera inhibé d’ôter ladite marque ni de mendier après ladite distribution à peine du fouet. ». (3 Avril 1587)

 Au début du XVIIe la peste sévit à nouveau. Elle franchit de nouveau les murs de la ville  et l’épidémie se propage. En 1624 on laisse pénétrer en ville les passants et les pèlerins. Mais en 1629 le fléau revient. Pestiférés et lépreux sont dirigés dans les aumôneries et maladreries mais il semble qu’il n’exista plus de volontaires pour les soigner. Les lépreux de Saint-Roch et de la Font Chauvin, semblent avoir disparu après ces deux siècles d’épidémies car la léproserie des Mérigots disparaît à son tour en 1678.

 

Les tombes du cimetière de Saint-Roch.


 Elles sont au nombre de 16. Elles sont taillées dans le socle calcaire du plateau et s’étirent selon un axe sud-nord. Les corps étaient allongés dans une fosse trapézoïdale. La tête orientée vers l’Est. Elles sont numérotées de 1 à 14.

 Deux tombes, 15 et 16 sont creusées dans un plan perpendiculaire au centre de la nécropole. Elles sont accolées à deux sépultures jumelles.

Les tombes du cimetière pour ce qu’il en reste nous permettent de tirer plusieurs enseignements :

 1)      Sur les tombes étudiées, 14 sont des tombes d’adultes, 2 paraissent avoir servit pour des enfants en bas âge ou de nouveau-nés pour la tombe N°16.

2)      Aucune ne possède de dalles de couverture, d’ossements et de mobilier.

3)      Quatorze sont orientées vers le soleil levant et deux sont orientées au Nord.

 Mais cette destruction était déjà effective depuis longtemps. En effet toutes les dalles de couverture sont absentes, alors que quelques tombes du cimetière des Pétureaux à Soyaux ont conservé les leurs. Il en est de même pour les ossements. Les squelettes de plusieurs individus reposaient dans les tombes du cimetière des Pétureaux. A Saint-Roch l’absence de squelettes peut s’expliquer par une certaine acidité du sol et l’emploi intensif de la chaux pour brûler les corps et endiguer les risques d’épidémies.

 Le fait qu’aucun mobilier ne fut ramassé vient certainement de la modeste condition des lépreux et autres pestiférés qui habitèrent ici en reclus. Expulsés de la ville, ils abandonnaient leurs biens qui étaient brûlés immédiatement pour éviter la contamination.

 Quelles sont les raisons qui ont motivé l’orientation des tombes N°15 et N°16 dans un plan perpendiculaire, nous l’ignorons ? Nous pouvons juste émettre une hypothèse pour la tombe N°16. Mais cette hypothèse ne semble pas convenir pour la tombe N°15. Seule reste l’hypothèse pratique et technique. Plusieurs tombes sont amputées à la tête de la bordure de pierre qui forme un coffre funéraire. Cet aspect inachevé vient de la mauvaise qualité de la roche sur le bord du plateau ouest, il nous semble donc possible que le creusement fut exécuté pour ces deux tombes dans un intérêt pratique.

 Si l’on considère que l’ensemble de la cité contenait ces coffres funéraires, le nombre considérable de décès, chez les lépreux et les pestiférés demandaient une grande quantité de tombes. Il nous paraît donc possible que, durant les épidémies de pestes, le nombre de morts devenant plus important, il devenait indispensable de creuser toutes les tombes nécessaires quelque soit l’orientation de celle-ci. La fin justifiait les moyens et il semble que ce soit l’urgence de la situation qui ait dicté aux fossoyeurs, probablement les lépreux eux-mêmes à les creuser. La place devenant peut être problématique, les tombes N°15 et N°16 furent construite selon un autre mode.

 Aujourd’hui une cité a vu le jour sur le cimetière des lépreux de Saint-Roch. Bien que de belles villas aient été construites nous pensons qu’il existe encore à proximité dans les terrains en friche d’autres tombes, qui, elles n’ont jamais été exhumées de terre vers l’orée du bois.

 Ces renseignements nous permettent de dire que la population retirée dans les falaises de Puyredon occupait un territoire assez vaste entre L’Isle D’Espagnac, la gare d’Angoulême et le plateau de Saint-Roch. Il est probable qu’un jour de nouvelles tombes surgiront de terre à moins que le silence ne recouvre définitivement de sa chape de plomb le site pour un endormissement éternel.

(Responsables de l‘Opération : Daniel Bernardin, Emmanuelle Faure-Gignoux, Emmanuel Caze).




Note : "

Bibliographie

 

Angoulême – Balcon du Sud-Ouest « A travers les âges ».

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1938

 

Il était une fois L’Isle qui devient D’Espagnac

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1989

 

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Compléments à l’Histoire de Lunesse

Bulletins et Mémoires de la SAHC (1979 à 1980).

Albertine CADET

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La maîtrise des Eaux et Forêts d’Angoumois

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Note sur les Anciens Hôpitaux

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Châteaux, Logis et Demeures Anciennes de la Charente

Les Mérigots – L’Isle D’Espagnac

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L’Orientalisme dans l’Art Roman en Angoumois

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Christian MELCHIOR-BONNET

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Abbayes, Prieurés et Commanderies de l’Ancienne France

(Vers IVe siècle – vers XVIIIe siècle)

Poitou-Charentes – Vendée

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Pouillé - Historique du Diocèse d’Angoulême

Abbé J. NANCLARD

Vicaire Général

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Mémoires sur les Chemins et « Routes de Compostelle » dans les Landes

Henri TREUILLE

Centre Etude Compostellane

 

Les Templiers en Charente

Les Commanderies et leurs Chapelles

Charles DARAS

1981

 

Fonds des XVIIe – XVIIIe Siècles

et Sources de L’Histoire Hospitalière Médiévale En Languedoc

(XIIe – XIVe siècles)

Centre d’Etudes Compostellane

1993

De La COSTE-MESSELIERE,  JUGNOT, TREUILLE

 

Hospitaliers Ordres Religieux

Encyclopedia Universalis France

1998

Crédit Photos

Daniel Bernardin

Emmanuel Caze

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