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MORNAC - LES AQUEDUCS DES LAQUAIS - L'AQUEDUC PRIMAIRE ET SA SORTIE DANS LA VALLEE DES BALLANS - ANNEE 2003 - 5e CAMPAGNE FIN



MORNAC - LES AQUEDUCS DES LAQUAIS



L'AQUEDUC PRIMAIRE ET SA SORTIE DANS LA VALLEE DES BALLANS

AVANT-PROPOS

Découvert en 1997, le site des Laquais fit l’objet depuis 1999 d’opérations archéologiques annuelles.

La campagne 1999/2000 porta sur l’Aqueduc Collecteur (AC) et la Source du Rouissoir. Celle de l’année 2001 vit la découverte des fondations d’une probable villa gallo-romaine, d’un mur médiéval, d’un aqueduc médiéval, du conduit de l’Aqueduc Primaire (AP) creusée à flanc de coteau et d’une source visitée par l’homme à l’époque du Premier âge du Fer. Les recherches 2002 quant à elles portèrent sur le conduit de l’Aqueduc Collecteur situé sous le chemin rural menant au lavoir des Laquais.

Le sondage qui se pratiqua en 2003, portait sur la sortie de l’Aqueduc Primaire débouchant dans la vallée des Ballans. Cette dernière campagne devait poursuivre le curage de l’Aqueduc Primaire à l’endroit où se trouve un regard de visite de AP et permettre l’étude de l’Aqueduc Primaire sous le chemin menant au logis des Ballans.

La campagne 2003 commença par un débroussaillage de la parcelle n°216, située en prolongement de la sortie de l’Aqueduc Primaire et en contrebas du chemin desservant les deux vallées des Laquais et des Ballans. Ce travail mit à nu le mur de soutènement sous le chemin, près de la sortie de l’aqueduc.

Pour décaisser la partie du monument située sous le chemin, il fut utilisés un engin mécanique. Le tractopelle dégagea le conduit sur un linéaire de 7,30m. Il vida la tranchée rempli de pierrailles et de dalles de couvertures sur une hauteur de 1,40m.

A la suite de cette opération, un sondage manuel devait nous permettre de reconnaître la stratigraphie du conduit de l’Aqueduc Primaire sous le chemin. Comme les années précédentes, les bénévoles du G.R.A.H.T. qui se sont succédés sur le site ont participé à tour de rôle aux décapages, débroussaillement, à la fouille, à la réalisation des dessins et à la restauration du monument aidés par les membres de l’équipe technique municipale de Mornac. La totalité des parcelles traversées par l’Aqueduc des Laquais sont des propriétés privées. Nous devons à la confiance des propriétaires concernés l’autorisation d’avoir pu mener à bien l’étude complète de ce monument. Nous leur adressons ici notre profonde gratitude pour leur soutien et la confiance qu’ils nous témoignés durant ces dernières années.

Aspects Architecturaux de AP

Aspect Architectural de la Sortie de AP sur le Chemin des Ballans

En cet endroit, AP traverse le chemin et passe dessous sa structure. Elle se présente sous la forme d’une croûte blanche et dure constituée d’un revêtement de granulat calcaire de type 0,50, mis en place il y a de nombreuses années.

La sortie de AP suit un axe oblique orienté, semble-t-il, nord-ouest/sud-est, ce qui lui donne l’impression de remonter en direction de la vallée des Ballans. Les éléments de son architecture sont incorporés dans une construction vernaculaire de type mur de soutènement du chemin et des terres. Les deux constructions, sortie de l’aqueduc (AP) et mur de soutènement, semblaient parfaitement alignées avant leur dégradation que nous avions déjà constatée lors de cette découverte en 1997(Recherches - AUPY - BERNARDIN - FABRE). Cette sortie se présente sous la forme de deux jambages constitués de grosses pierres à peu près régulières, à l’ouest et à l’est. L’ensemble est très bouleversé, surtout à l’est, et il montre un effondrement du mur de soutènement qui met en danger la conservation et la solidarité de l’édifice.

Aspect Architectural du Conduit d'Ecoulement

C’est la grande nouveauté du site. Sur les deux mètres environs que nous avons pu observer, nous avons remarqué qu’un nouveau style de construction a été employé pour l’Aqueduc Primaire des Laquais. Après un canal taillée dans le tuf calcaire pour AP, nous sommes en présence à cette extrémité aval d’un conduit fabriqué avec des moellons, semble-t-il, assez réguliers, posés sans maçonnerie visible sur la paroi est, qui nous paraît également avoir une légère inclinaison vers l’est.

Aspect Architectural de la Couverture de l'Extrémité Aval

La partie reposant sur les parois est et ouest, semble être passablement bouleversée. Des dalles d’encorbellement sont légèrement inclinées vers l’intérieur, une dalle de couverture repose en partie sur le fond et plusieurs autres menacent de s’effondrer dans le conduit d’écoulement. A cette extrémité aval, le principe de recouvrement ne paraît pas avoir été modifié. Les constructeurs ont conservé le même principe, semble-t-il, de couverture. L’originalité de cette fin d’aqueduc se trouve dans sa sortie qui se dévoile par la présence d’un énorme linteau de pierre parallélépipédique à peu près régulier et reposant sur des jambages de grosses pierres. Ce linteau mesure 1,10m de long sur 0,20m d’épaisseur. Sa largeur que nous n’avons pu mesurer paraît importante. Cet ouvrage termine la partie visible de AP.

Voici les constations que nous avions pu observer au cours de nos différentes opérations précédentes avant de décider de pratiquer un nouveau archéologique sur ce monument. Le sondage que nous nous préparions à mener devait nous permettre de connaitre comment avait été organiser la poursuite de la construction de AP dans les terrains de la vallée des Ballans, en direction du bourg de Mornac et au delà.



L'INTERVENTION ARCHEOLOGIQUE

Les Sondages Archéologiques de AP

A l’occasion de cette campagne, il fut pratiquer trois sondages sur le tracé de l’Aqueduc Primaire.

Le premier se déroula sur la partie du conduit enfoui sous le chemin.

Le second concernait la sortie et la recherche d’un éventuel monument dans la prairie des Ballans.

Le troisième et dernier concernait la poursuite de l’étude du regard de visite.

Cette campagne devait nous permettre de clôturer l’étude de l’Aqueduc des Laquais, et d’engager les recherches en direction de la Touvre et la Fonderie de Ruelle qui sont à l’origine de ce vaste réseau hydraulique construit à grande échelle. Afin de garder une certaine cohérence dans les descriptions, les sondages seront présentés dans le sens de l’écoulement de l’eau et respecterons une logique géographique. Notre description se développera depuis le regard de visite, point d’arrêt de la campagne 2001 en direction de la sortie de AP.

Fin du sondage du Regard de AP

Commencé en 2001, ce sondage n’avait pu être terminé et nous n’avions pu déterminer si la dalle avec l’encoche était unique ou si une autre existait et complétait le système de fermeture du regard.

La reprise du sondage permis de vider le regard jusqu’à une profondeur de 1,80m. La hauteur du remblai atteignait 1,50m d’épaisseur. La cheminée avait une largeur qui variait de 0,50m à 1,10m. Sa forme ressemble à celle d’une fosse ovoïde. La dalle que nous cherchions reposait sur le fond de specus. La pierre possédait une encoche moins précise et moins élaborée que la mortaise de la dalle F, toujours en place près de l’ouverture. Sa grosseur était également moins importante. Néanmoins elle devait compléter le système de fermeture que venait obturer un bouchon de tuf calcaire. Aucun mobilier ne fut recueilli lors de ce sondage.

Sondage de l'Aqueduc Primaire sous sa traversée du Chemin des Ballans

Le sondage mécanique décaissa le chemin recouvert d’une couche de granulat calcaire sur 10 à 15cm d’épaisseur. Le chemin large de 7,30m se relevait au sud-est, à proximité du mur de soutènement et la terre affleurait le premier rang de moellons.

Sous cette couche reposait trois dalles de couvertures en place. Celle de la sortie formant linteau, constituait la quatrième. Les autres, au nombre de quatre, gisaient au fond de l’aqueduc.

Ce sondage permis de mettre en évidence le conduit implanté dans une tranchée pratiquée dans une couche de calcaire marneux, pour ce qui concernait la paroi nord/est. La paroi sud/est taillée dans un calcaire de meilleure qualité n’eut pas à être consolider.

Le conduit de l’aqueduc dans la tranchée du chemin, présente un profil longitudinal irrégulier. Côté Vallée des Laquais, il accuse un profil en forme de cuvette. Le sol géologique est à 0,90m de profondeur. Le conduit à cet endroit, forme un coude en direction du sud/est et un dévers a été pratiqué à la base de la paroi nord/ouest. Le plan incliné de ce dévers mesure 0,50m de longueur et l’écoulement ne fait que 40cm de largeur.

A 2 mètres du mur de clôture de la propriété de M. RICHARD, commence un parement de pierres, prenant assise sur le fond de l’aqueduc et s’élevant vers la gauche sur une hauteur de 1,10m. Ce parement apposé contre la paroi est, protège le monument de l’effondrement. Il maintient la façade taillée dans un calcaire marneux très friable. Ce parement réalisé avec des moellons posés sans maçonnerie, mesure 0,50m d’épaisseur. Prés de la sortie, dans la vallée des Ballans, il atteint 1,40m.

Sondage de l'Aqueduc Primaire dans la Vallée des Ballans

Dans le but de trouver un nouveau départ d’aqueduc, au débouché de l’Aqueduc Primaire au pied du mur de soutènement du chemin vicinal sortant dans la vallée des Ballans, nous avons procédé à un sondage perpendiculaire en contrebas du chemin et parallèle à ce mur de soutien, sur une longueur d’environ 5 mètres.

Cela a permis de dégager la sortie de l’Aqueduc Primaire et de descendre sur le sol géologique situé à 1,30m, correspondant au lit de l’Aqueduc Primaire.

La couverture de AP, montrait à sa sortie du chemin, des pieds droits de moellons calcaire non maçonnés. Bien qu’endommagé sérieusement on pouvait nettement s’apercevoir que les constructions du mur de soutènement et de l’aqueduc étaient liées entres elles depuis l’origine de la réalisation de l’ouvrage d’art. Les pieds droits massifs supportaient une large et lourde dalle calcaire de recouvrement formant linteau.

Exécuté en avant de cette bouche d’évacuation, le sondage se révéla infructueux. Destiné à découvrir un nouveau départ d’aqueduc comme nous le supposions le sondage mécanique anéantit l’hypothèse émise en 2001. Après avoir décaissé le sol sur 0,80m, le sol géologique apparut. Près de la sortie et posées contre le mur de soutènement furent retrouvées deux blocs de pierres calcaires long de 0,50m, large de 29cm et haut de 18,5cm. Ils portaient une rainure qui servait probablement de glissière à une pelle en bois. Elles appartenaient certainement à une vanne qui était installée à la sortie de l’Aqueduc Primaire et qui fut détruite il y a très longtemps.





L'AQUEDUC PRIMAIRE DANS SON CONTEXTE GEOLOGIQUE ET GEOTECHNIQUE

Depuis 1999, plusieurs campagnes de fouilles archéologiques ont permis de mieux appréhender l’adoption du tracé des Aqueducs des Laquais aux contraintes géologiques et géotechniques locales.

L’étude a porté :

- D’une part, sur l’observation géographique et les solutions techniques pour acheminer l’eau vers la Touvre, affluent de la Charente ;

- D’autre part, sur les vestiges retrouvés et l’information orale recueillie auprès de la population locale ;

- Et pour terminer, sur l’origine des matériaux utilisés pour l’édification du monument et des autres ouvrages d’art.

Le travail exécuté sur l’aqueduc primaire mis en évidence les contraintes lithologiques des roches et géotechniques des ouvrages, liées à la verticalité et la sinuosité des pentes et coteaux rencontrés sur le site des Laquais, le confluent du Rouissoir et de la Touvre à la Maillerie sur la commune de Magnac-sur-Touvre.

L’hétérogénéité des solutions techniques utilisées

Les observations réalisées mettent en évidence une grande hétérogénéité dans les moyens mis en œuvre pour capter l’eau, la conserver, la drainer et lui faire franchir les déclivités du terrain. La retenue collinaire est le principe le plus courant qui fut utilisé à Mornac aux Laquais, au village des Theils et au Ballans. La réalisation du barrage des Ballans, des digues coupant les vallées et la construction de l’Aqueduc Primaire des Laquais, a nécessité la mise en œuvre de moyens importants, tant techniques qu’humains.

L’utilisation quasi systématique des tranchées

L’Aqueduc Primaire à son point de départ franchissait et longeait les courbes de niveau grâce à un système de tranchées et de fossés dont les hauteurs n’excédaient pas 2 mètres.

La difficulté du creusement ne fut pas trop excessive. La roche si elle est dure sur une partie du conduit se compose d’étage marneux altérant la qualité du percement de l’ouvrage. Néanmoins il a été possible de creuser un specus un U. Ce canal est propre et finement taillé. Le problème des déblais fut résolu en les vidant vers le bas du coteau et constitua un chemin de servitude pour l’entretien de l’ouvrage. Le principe de la tranchée semble avoir été retenu jusqu’à la sortie du bourg de Mornac. Plusieurs vestiges ont été retrouvés lors de l’amélioration du réseau d’adduction d’eau du bourg et au cours de travaux de restauration du Logis de Chergé.

L’aqueduc existait encore au début du siècle, aux abords du nouveau cimetière, comme nous l’a indiqué sur le terrain un ancien habitant de la commune. Au-delà, il se poursuivait en direction du hameau de la Maillerie à Magnac sur Touvre. D’autres vestiges importants ont été détruits dans la seconde moitié du XXe siècle, à la pisciculture de M. BELLET, toujours à la Maillerie. Ils furent rasés lors de travaux d’agrandissement de cet établissement. Aujourd’hui subsiste encore sous la route D699 quelques traces de ce réseau hydraulique qui fut visité au cours de l'année 2000 avec M. Jean BEN AUMAR, Agent de Maîtrise de la COMAGA. Entre ce point et les abords du bourg de Mornac l’eau du rouissoir s’écoule dans un fossé rectiligne qui se dirige sur la propriété de la pisciculture.

L’origine et la nature des matériaux utilisés

Les matériaux qui furent utilisés pour chaque type d’ouvrage hydraulique des Laquais, furent de nature et de provenance différentes.

La confection des digues demanda un apport en pierrailles important qui fut probablement pris sur place ou dans les terres situées à proximité.

Les blocs de calcaires tendres qui servirent à la construction des conduits d’aqueduc et des barrages ont été extraits sur le sol de la commune. Tout comme les dalles de recouvrement de l’Aqueduc Primaire des Laquais dans ses parties aériennes et souterraines qui proviennent des secteurs géographiques de l’Ermitage et Brouterie. Enlevés et apportés sur place, ces blocs furent placés dans leur état naturel sur le monument. (Etude Alain TEXIER – Rapport de sondage 2001 – Daniel BERNARDIN)

L’étalement des travaux dans les temps

L’importance des ouvrages hydrauliques des Laquais à Mornac, témoignent d’un étalement dans le temps. Leur complexité et leur nature architecturale ont demandé une main d’œuvre et des moyens techniques considérables pour l’époque. Les différents chantiers ont pu commencer ensemble, notamment pour les digues et barrages, mais ils sont si importants que des mois voire des années ont été nécessaires pour les terminer, d'autant plus que les ouvrages appartiennent à des périodes historiques différentes. Donc ce furent de multiples chantiers ouverts à différentes époques sur la commune et aux Laquais.

Cette vaste entreprise ne se limita pas seulement à Mornac, elle toucha les communes de Ruelle, Touvre et Magnac. Plusieurs ruisseaux furent canalisés pour limiter les pertes d’eau le long de leur cours dans le but d’alimenter régulièrement le débit de la Touvre. Les besoins en eau des Moulins et la création de la Fonderie de Ruelle par le Marquis de Montalembert étaient considérables. Ils demandèrent la réalisation de grand réseaux hydrauliques qui suivirent l’évolution des techniques modernes et ils s’ensuivit de vastes chantiers de terrassements et de constructions d’ouvrages d’art.

Nos investigations qui se sont poursuivies, en direction de l’établissement de l’ECAN « Etablissement des Constructions et Armes Navales de Ruelle », nous ont fait découvrir un aqueduc collinaire à la Combe aux Loups, de grandes dimensions. Celui-ci traverse l'établissement et dirige ses eaux vers la Touvre. Un autre ouvrage"Le Bac du Chien" à Ruelle achemine ses eaux vers cette rivière. Tout ces travaux ont demandé une main d'oeuvre importante, ce qui suggère qu'une volonté directrice a organisé à grande échelle ces travaux.

Conclusion et perspectives

L’hétérogénéité semble être le maître mot pour caractériser le tracé de l’Aqueduc Primaire aux contraintes du terrain. Ce principe de constructions se rapproche des grands travaux qui eurent lieu pour la réalisation du Canal de Madame de Maintenon. Nous pouvons dire que le contexte géologique des autres sites de la Touvre est à peu près identique à celui des Laquais. Cette évidence indique que des choix techniques ont orienté la réalisation et la priorité des aménagements hydrauliques à réaliser en direction de la Touvre.

D’un côté des vallées avec canalisation des cours d’eau, de l’autre des collines avec construction d’ouvrages d’art importants. Ceci peut se traduire par des chantiers traités par lots séparés? menés par des équipes indépendantes, aux compétences techniques et en moyens différents.

Si l’on considère que l’évolution technique a apporté son lot de modifications aux projets initiaux au cours des âges, que des transformations, des réparations ou des réaménagements nécessitaient des moyens en hommes et en matériels conséquents, de nombreux chantiers se comptaient autour des fontaines, des sources, au bord des affluents et sur les rives de la Touvre.

Nous pensons que tous ces sites étaient sous l’autorité d’un unique Maître d’œuvre qui régissait et coordonnait ces grands travaux. Nous le positionnons à la Fonderie Royale de Ruelle.

Hypothèse de Restitution, Datation et Restauration de l’Aqueduc Primaire

Les remarques qui vont suivre ne sont pas définitives. Elles reposent sur des éléments logiques, visibles, recueillis au cours des cinq années de fouilles. Elles sont le fruit des recherches réalisées durant toutes ces années. Nous savons qu’il subsiste des zones d’ombres notamment au cours des époques gallo-romaine et médiévale. Nous avons retrouvé des vestiges de villa avec éléments provenant de piscine et d’hypocauste, puis des digues et un mur d’époque médiévale contre lequel venait buter un élément d’aqueduc de la même période. Ces découvertes indiquent qu’à ces périodes historiques les ressources hydrauliques étaient utilisées et domestiquées.

Si l’on considère les recherches effectuées sur le site des Laquais, c’est un troisième réseau qui apparaît. Construit pour un usage domestique à l’origine, les besoins vont se faire autre à l’époque médiévale. Il semble que la deuxième construction comprenant les digues, l’Aqueduc d’Origine et le mur médiéval répondent à un autre emploi. Le réseau de canalisation retrouvé dans certaines habitations installées près de l’église pourrait laisser supposer que nous sommes en présence du premier réseau d’assainissement du bourg de Mornac.

Ces ouvrages fonctionnaient vraisemblablement dès le XVIe siècle, comme semblent le prouver les monnaies d’Henri IV et Louis XIII. La destruction qui ruina en partie, pensons-nous, les digues et l’aqueduc d’origine intervint probablement vers la deuxième moitié du XVIIe siècle. La France est ravagée par la famine, la maladie et le chômage. L’économie est au plus bas, l’industrie et le commerce sont en régression. L’exode rural bat son plein et la campagne se désertifie. Il est possible que cette triste et dure période de l’histoire sonna le glas de l’aqueduc d’origine des Laquais, faute d’entretien.

L’Aqueduc Collecteur fut construit sur les ruines de l’ancien. Il fut restauré pour les besoins de la Forge de Ruelle. Les besoins d’alimenter en eau la Touvre régulièrement étaient impératifs pour faire fonctionner les turbines et refroidir les forges. Ces grands travaux d’aménagement des vallées, des sources et des rivières furent commencés au XVIIe et se poursuivirent au XVIIIe siècle. Ils servirent à assurer un débit régulier à la Touvre qui alimentait en eau les nombreux moulins et la Forge de Ruelle.



CONCLUSION GENERALE

Bilan de cinq années de fouilles

Les ouvrages et sections de l’Aqueduc Primaire, étudiés lors de ces campagnes de fouilles correspondent à un linéaire de 125 m. Les terrains sur lesquels ils se trouvaient étaient parfois marécageux et difficiles à exploiter. C’est probablement pour cette raison que le vaste système hydraulique se mit progressivement en place au cours des siècles.

Durant toutes ces années, nous avons effectué 14 sondages archéologiques et 1 sondage électrique. La priorité des fouilles a toujours été la recherche et l’étude des monuments, permettant d’établir les méthodes de construction avec établissement de nivellement et étude de l’architecture des ouvrages dans leur globalité. C’est pour cette raison que nous avons exécuté les profils permettant de révéler la nature des specus et les procédés de construction. Il en a été de même pour les pieds-droits maçonnés, en pierres vernaculaires ou taillés dans la roche vive. Cette méthode nous a permis d’établir un éventail typologique aussi complet que possible que nous a aidés à interpréter les choix techniques et les contraintes qui ont été rencontrés par le maître d’œuvre de l’ouvrage.

Durant les fouilles, nous nous sommes attachés à ne jamais mettre en péril la solidité et la conservation des monuments dans leur ensemble. Au contraire, chaque fois que nous l’avons jugé nécessaire, nous les avons restauré et protégé contre de futures dégradations.

Les restaurations ont été pratiquées sous la partie située sous le chemin du lavoir en 2002. En 2001, nous avions restauré le conduit de l’Aqueduc Collecteur dans la prairie de M. RICHARD. En 2003, nous avons comblé la partie de l’aqueduc traversant le chemin menant au logis des Ballans, reconstitué la sortie de l’Aqueduc Primaire dans la prairie des Ballans et remonté le mur de soutènement du chemin. Ces actions ont été motivées par plusieurs raisons : d’une part, l’originalité d’un tel monument dont il n’existe pas de d'équivalent en Charente à notre connaissance à ce jour et d’autre part, parce qu’il s’intègre dans un ensemble monumental dépassant de loin le cadre de la commune de Mornac et dont il est l’un des éléments les plus importants et différents par son architecture.

Dans les parties de l'architecture de AP que nous avons exploré et étudié, le conduit présente plusieurs types de creusement ou de construction. Ces constantes s’expliquent par les lieux d’érection, la nature géologique du sol, la pente de l’écoulement et les contraintes physiques de mise en charge ou matérielles auxquelles elles étaient soumises.

Ces dernières semblent expliquées la construction de l’Aqueduc Primaire à flanc de coteau et qui fut creusé pour recevoir des mises en charge supérieure à celle de l’Aqueduc Collecteur. La vanne située à la sortie de l’Aqueduc Primaire dans la prairie des Ballans régulait les débits. La fouille n’ayant pas établi l’existence d’un nouvel aqueduc à cet endroit et le sol géologique apparaissant immédiatement dès la sortie sans aucune structure de construction apparente, nous supposons que l’eau s’écoulait par épandage dans le fond de la vallée pour s’écouler ensuite en filet d’eau dans le cours du Rouissoir qui avait été également canalisé.

Problématique sur la destination finale de l’aqueduc des Laquais

Sur la base des réflexions précédentes et des études menées tout au long de ces années, nous devons orienter les prochaines recherches sur les autres sites hydrauliques de la Touvre. Comme nous l’avons déjà mentionné, cette rivière semble être la clé de toute une organisation hydraulique, mise en place comme nous l’avons rarement vu et rencontré.

C’est par les bassins versants sud et ouest que l’eau s’acheminait vers cette rivière. Tout au long de leur cours, les eaux étaient régulées par des systèmes de vannes et de pelles que nos retrouvons aux Laquais mais aussi le long du Bac à Chien qui draine les eaux de la Fontaine des Arnauds, celle de Combelle, des Riffauds et du Bourg Clavaud. Du bassin versant nord, les aqueducs de la Combe aux Loups et de Vaugeline traversent l’établissement de la Fonderie.

Compte tenu de ces éléments importants, nous pensons que tous ces aménagements de réseaux hydrauliques titanesques sont en relation directe avec la Touvre et la Forge de Ruelle. Les besoins en eau des 14 moulins à blé et à huile installés sur ces cours et les contraintes techniques nécessaires au fonctionnement de la Fonderie de Ruelle paraissent être la raison de la création des aménagements hydrauliques dénombrés précédemment. Ainsi s'achève notre étude sur les ouvrages hydrauliques des Laquais à Mornac mais aussi et surtout comment s'organisa la gestion de l'eau autour de la rivière Touvre pour satisfaire les besoins en eau de la Forge Royale de Ruelle et des moulins construits le long de son cours.

Note : "

Etude du Site Archéologique, Rapport SRA et Texte de l'Article

Daniel BERNARDIN - Responsable des Opérations Archéologiques

Plans et Dessins

Daniel BERNARDIN - Bernard FABRE - Alain TEXIER - Sébastien DUCONGE

Intervenants sur le site

Daniel BERNARDIN - Jean-Claude AUPY - Bernard FABRE - Matthieu MOUNIER - Emmanuelle FAURE-GIGNOUX - Bernard RAMETTE - Emmanuel CAZE - Alain MINCET - Eric DELMAS - Michel CHAUVIN - Jean-Marie TEXIER - Nathalie JOUSSEAUME.

Aide Logistique

Christian GUILLEBAUD - Entreprise de TP - José DE OLIVEIRA - Entreprise Bâtiment - Jean-Marie JOUSSEAUME - Entreprise Bâtiment - Michel GUILLEBAUD - Artisan retraité - Fracis GOUMAIN -Artisan Menuisier, Ebeniste - STINE PHOTOS à L'Isle d'Espagnac - Cabinet LARROQUE à L'Isle d'Espagnac.

Conseillers Techniques et Scientifiques

Jean-Louis TILLARD - Céramologue UMR 126 du CNRS - Jean-François BUISSON - Archéologue - Didier RIGAL - Archéologue - UMR 5608 - Jean Ben AOMAR - Contrôleur- Responsable de l'Entretien et Maintenance des Réseaux d’Assainissement – Grand Angoulême - Joël BOURGEOIS - COMAGA - Richard LAFOND - Rémi SARDIN -Responsable des Services Techniques, commune de Mornac.

Références (bibliographie, archives)

Christian VERNOU - Carte Archéologique de la Gaule - La Charente 16 - Fondation Maison des Sciences de l'Homme - Paris - 1993

Jean-Louis ANDRIEU - Techniques de Constructions des Aqueducs sur les territoires des Cités romaines de Béziers et Narbonne - Les Aqueducs de la Gaule Romaine et des Régions Voisines Edité par Robert BEDON - Université de Limoges - Centre de Recherche A. PIGANIOL 1997

Didier RIGAL - L'Aqueduc Antique de Cahors - Les Aqueducs de la Gaule Romaine et des Régions Voisines - Edité par Robert BEDON - Université de Limoges - Centre de Recherche A. PIGANIOL - 1997

Abbé P. LESCURAS - Le Pays de Touvre et de La Braconne

Roger FACON - Recueil des Lieux-Dits de La Charente - Mémoires de la SAHC - 1994 - Edition COQUEMARD - Angoulême - 1965

Fabrice PEYRAUD - Rivières du Sud Angoumois - 1991

Constat d'Huissier de Justice - Mornac 6 Août 1842 - Archives Départementales de la Charente - Série O - 1826/1897

Constat d'Huissier de Justice - Mornac 31 Août 1843 - Archives Départementales de la Charente

Registre des Délibérations du Conseil Municipal de Mornac de 1918 à 1926.

Registre des Délibérations du Conseil Municipal de Mornac - 24/06/1932 - 05/09/1957

Daniel BERNARDIN - Matthieu MOUNIER – Bernard FABRE – Emmanuelle FAURE-GIGNOUX - Bernard RAMETTE - Emmanuel CAZE - Alain TEXIER - Sébastien DUCONGE – Richard LAFOND - Claude BREGE – Pierre-Emmanuel BREGE – Sébastien DAULON - Jean-Marie TEXIER – Alain MINCET – Jean-Claude AUPY - Un réseau hydraulique et ses aqueducs du Moyen Age et du XVIIe siècle - Année 2002

J.P. QUENOT - Statistique de la Charente - 1818

André NOGUES - La Fonderie de Ruelle - 1988

Abbé P. LESCURAT - Le Pays de la Touvre et de la Braconne

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